L’accès aux cloches :
Pour aller jusqu’aux cloches, il nous faut emprunter une porte en bois blanche verrouillée solidement et bloquée par des bancs est à prendre pour arriver devant un escalier en colimaçon en pierre. Il nous mènera à la chambre du sonneur de cloches ! Puis, un autre palier est à atteindre en montant un second escalier en colimaçon mais en bois, et enfin, une échelle de meunier nous sera à prendre pour atteindre les cloches, enfin !
Les cloches :
Dans ce clocher tout petit, se trouve deux cloches, comme la très grande majorité des clochers comtois et autres clochers de France.
Ce duo est très simple, et très basique au niveau des notes, car elles chantent à elles seules le MI3 et le FA#3 !
Une cloche m’a fait ouvrir les yeux d’étonnement, et vous aussi ! Vous allez être étonnés de la suite de par son histoire très mouvementée car oui ; cette cloche a failli disparaître à tout jamais !!!
Commençons dans le suspense de la sonnerie avec la grosse cloche.
Cette cloche fut offerte par Nicolas Carmillet qui était un résident de Vuillecin. Il a terminé sa vie à Lyon, comme l’en témoigne ses inscriptions : « JE SUIS UN DON DE NICOLAS CARMILLET DE VUILLECIN MORT A LYON »...
Elle possède un battant du fondeur Farnier, ce qui est assez étonnant sur une cloche Bournez, car oui, elle fut fondue par Généreux-Constant et Pierre-Alexis Bournez en 1835 !
Elle a un diamètre de 115cm et 7mm pour un poids de 955 kgs !
Parlons désormais de la petite cloche, avec son histoire autant tragique, surprenante et mouvementée !
A l’époque où il n’eut que chapelle comme lieu de culte (l’église actuelle n’existait pas), la commune se fut dérober sa seule cloche, sur l’ordre du conseil administratif de Pontarlier le 2 novembre 1793. Alors, les habitants et le Conseil Municipal de Vuillecin furent bien embêtés, car il n’y eut plus de sonneries de fêtes et de sonneries liturgiques / tocsins. Donc, le Conseil de Vuillecin demande au Conseil Général, de recevoir une cloche qui sonnera pour les tocsins si jamais il vient un danger imminent.
Le Conseil leur accorde une cloche, qui sera choisie au hasard dans un tas de cloches à fondre en canons, celle qui fut de la meilleure des qualités et surtout non fêlée !
Puis, ils reviennent à Vuillecin et se procurent un battant et une courroie afin d’accrocher le battant à la bélière.
Et lors de la démolition de la chapelle, la cloche fut retirée soigneusement, et fut réimplantée dans le clocher de l’église de Vuillecin tel que nous le connaissons de nos jours.
Quand j’ai visité ce clocher, je me suis penché sur les inscriptions des cloches, mais, j’ai remarqué une chose étrange dessus. La cloche est bien à Vuillecin, mais... Elle indique secrètement un autre lieu !
En fait, la liturgie chrétienne ordonne aux parrains et au marraines des cloches d’être né.e.s dans la ville de la bénédiction et de la destination de la cloche, ainsi que le prêtre.
On peut dire que, par exemple, une marraine qui habite à Septfontaines pour une cloche de Levier, mais qu’elle est née à Levier, ça compte ! Par contre, si elle est née à Gevresin, là ça compte pas, car elle n’a aucun lien avec la commune ! Idem pour le prêtre ; il peut exercer à Villeneuve d’Amont ou Eternoz et être né à Levier par exemple...
Bref, sur la cloche est marqué le que le parrain, la marraine et le prêtre sont de Morteau. Alors « sont de Morteau » signifie qu’ils sont tous nés à Morteau !
Donc, j’ai mon hypothèse, et elle est loin d’être faussée :
Je suppose que les Révolutionnaires sont venus décrocher cette cloche du clocher de l’église de Morteau, puis entassée avec le reste des cloches à fondre, et suite à la demande de la commune de Vuillecin pour avoir une cloche – souvenez-vous –, cette cloche provenant de Morteau leur fut remise !!!
Et c’est ainsi que cette cloche a bercé les âmes de Morteau, mais maintenant de Vuillecin !
Pour la détailler un petit peu, cette cloche fut probablement bénite une seconde ou une troisième fois en même temps que l’église, c’est-à-dire en 1804, mais elle fut bénite pour la première fois le mercredi 15 août 1759, date de l’Assomption de la même année !
Elle a un diamètre de 103,6cm, et son joug porte un peu plus de 694 kgs ; au poids de la cloche !
Elle fut fondue à Morteau par un fondeur très peu commun dans le département, puisqu’il a fondu aussi la petite cloche de Valoreille (mettre le lien de l’article), c’est Louis Léonard ! C’est ces deux cloches de ce fondeur qui furent recensés sur ce site à l’heure où j’écris ces lignes !
La sonnerie se compose d’une riche histoire, et d’un précieux indéterminé !
Je souhaite aussi souligner les traits auditifs des cloches.
En effet, la petite s’« essouffle » plus vite, et possède un battant en acier doux mais ferme, ce qui donne ce ton un peu cristallin de cette cloche.
Puis, la grande cloche calme sa petite sœur en faisant émettre sa grande et grosse voix, déployée par un battant en acier dur (soit de récup’ (car il a drôlement la forme du battant de « Reine », la cloche de Foucherans fondue par François HUMBERT), ou d’origine).
Alors, c’est pour ça que dans l’enregistrement, le battant fait une sorte de craquement à la percussion sur le bord, et donne un son pas très joli à entendre. Un bon battant aplati en acier doux permettra peut-être à lui donner une bien meilleure voix !